Claude Caillol

On peut écrire que Claude Caillol anoblit l’insignifiance
On peut écrire que Claude Caillol anoblit l’insignifiance… Mais ce serait réduire son travail à une sorte de bricolage esthétisant de la récup’. Ce qui est vrai pour les meubles qu’il compose avec des mobiliers mis au rebut dont il réemploie les fragments récupérables pour composer un ameublement incertain à l’indéniable beauté. Le plastique y tient une grande place. Les bouteilles d’eau minérale sont transformées en pieds de tables ou de rangements qui évoquent les constructions minimalistes et baroques à la fois d’Ettore Sottsass et des designers du groupe Memphis et les exaltations du design des objets du quotidien – mais des objets flambants neufs du consumérisme contemporain – qu’Haim Steinbach socle sur des étagères qui évoquent les sculptures de l’art minimal américain, celles de Donald Judd et de Richard Artschwager. A ces combinaisons significatives, bien qu’ironiques, des valeurs du pop art et du minimal art – ce sont celles de la société post-industrielle -, Claude Caillol oppose une célébration de ces mêmes objets rejetés, dévalorisés par leur usage et l’obsolescence programmée de leur exclusion du marché du neuf. Il y a là une sorte de dénonciation de la structure même des sociétés post-industrielles, mais elle n’est pas exprimée de manière déclarative. Et la proposition d’un autre mode de vie et de production n’est que suggérée dans ces meubles que Claude Caillol, Arcimboldo de la récup’, assemble. Son mobilier comme le font les musées des techniques et des arts populaires esthétise ce qui ne fonctionne plus. Ainsi une bouteille d’eau minérale devenue pied de table nous laisse découvrir non pas seulement son design, mais tout simplement sa beauté formelle. Le design ne serait-il opérant, dans le jeu esthétique, que lorsqu’il donne à voir dans un objet utile ce qui retiendra le regard lorsqu’il ne le sera plus ? Les mêmes questions sont posées dans les peintures sur sacs plastiques que Claude Caillol recycle comme supports de ses paysages bucoliques et urbains dans un étonnant croisement de l’art contemporain le plus radical et des dérivés les plus kitsch du pop art. Bernard Ceysson in catalogue Claude Caillol, Bernard Ceysson éditions, novembre 2008